Il y a une question qui revient souvent, formulée avec sincérité :
« Qu’est-ce que tu ferais à notre place ? »
C’est souvent une autre façon de demander une recommandation quand la décision devient inconfortable, surtout face à une situation complexe ou sensible.
Elle arrive généralement après une longue discussion.
Quand les options sont connues.
Quand l’inconfort commence.
Une question profondément humaine
Demander une recommandation, c’est chercher un appui.
Un point fixe.
Un raccourci.
Parfois, un soulagement.
Dans des contextes complexes, cette demande est légitime.
Personne ne décide totalement seul.
Mais la formulation contient déjà un léger glissement.
Ce que la question déplace
Formulée ainsi, la question transforme parfois un arbitrage en choix délégué.
Sans forcément le vouloir, elle peut aussi signifier :
« Aide-nous à ne pas porter seuls cette décision. »
Et c’est précisément là que je m’arrête.
Pourquoi je refuse parfois
Je refuse lorsque :
- le contexte est encore flou
- les conséquences ne sont pas clairement assumées
- la décision dépasse largement un cadre technique
- ou lorsque je sens qu’on attend davantage une caution qu’une réelle compréhension
Refuser n’est pas se désengager.
C’est refuser de simplifier artificiellement une décision qui mérite d’être comprise.
Ce que je fais à la place
Je ne donne pas forcément une réponse.
Je travaille plutôt à rendre la décision lisible.
Je pose les contraintes.
Je rends visibles les options.
J’explicite les risques, même ceux qu’on préférerait éviter.
La recherche en prise de décision montre d’ailleurs que clarifier les options améliore souvent la qualité des choix (voir par exemple les analyses publiées sur Harvard Business Review : https://hbr.org).
Je n’essaie pas de rendre le choix confortable.
J’essaie de le rendre clair.
Trois formes de décisions que j’observe souvent
Avec le recul, trois types de décisions reviennent régulièrement :
- celle qui apaise sur le moment, mais reporte
- celle qui tranche vite, mais crée d’autres tensions
- celle qui est comprise et réellement assumée
La dernière n’est presque jamais la plus simple.
Mais c’est souvent la plus saine.
En conclusion
Aider à décider n’est pas décider à la place.
C’est accepter de rester un moment dans l’inconfort,
jusqu’à ce que les choses deviennent suffisamment claires.
Une décision solide n’est pas celle qu’on délègue.
C’est celle qu’on comprend, puis qu’on assume.


